Poser ses limites, retrouver confiance en soi et reprendre sa place
Certaines relations nous font grandir, nous apaisent et nous permettent d’être pleinement nous-mêmes.
Et puis il y a celles qui, peu à peu, nous épuisent.
Vous pouvez ressortir d’une conversation avec le sentiment d’être vidée. Vous pouvez réfléchir pendant des heures à ce que vous auriez dû dire, vous demander si vous avez mal réagi, ou avoir peur de provoquer un conflit.
Parfois, vous sentez qu’une relation vous fait du mal, mais vous avez du mal à mettre des mots sur ce que vous vivez.
Et lorsque vous pensez à prendre de la distance, une autre difficulté apparaît : la culpabilité.
« Est-ce que je suis trop sensible ? »
« Est-ce que j’exagère ? »
« Après tout, cette personne a aussi ses problèmes… »
« Est-ce que je suis égoïste de penser à moi ? »
Une relation toxique peut progressivement nous amener à douter de nous-mêmes et à faire passer les besoins de l’autre avant les nôtres.
Alors, comment reconnaître une relation toxique ? Et surtout, comment se protéger sans culpabiliser ?
Qu’est-ce qu’une relation toxique ?
Le terme « relation toxique » est aujourd’hui très utilisé. Pourtant, toutes les relations difficiles ne sont pas nécessairement toxiques.
Une relation peut connaître des désaccords, des conflits ou des périodes compliquées. Ce qui mérite davantage notre attention, c’est lorsqu’un fonctionnement se répète et nous fait durablement du mal.
Dans une relation toxique, vous pouvez avoir régulièrement le sentiment de :
- devoir faire attention à tout ce que vous dites ;
- marcher sur des œufs pour éviter une réaction ;
- ne pas pouvoir exprimer librement vos besoins ;
- devoir constamment vous justifier ;
- être dévalorisée, critiquée ou rabaissée ;
- culpabiliser lorsque vous dites non ;
- devoir vous adapter en permanence ;
- ne pas être respectée lorsque vous posez une limite ;
- être responsable des émotions ou du bien-être de l’autre ;
- perdre progressivement confiance en votre propre jugement.
Il peut également arriver que vous ne vous reconnaissiez plus vraiment.
Vous étiez peut-être spontané.e, confiant.e, indépendant.e.
Et vous vous surprenez aujourd’hui à réfléchir avant chaque décision, à demander l’avis des autres ou à vous demander si vos ressentis sont « normaux ».
Ce changement mérite d’être écouté.
Une relation toxique peut prendre différentes formes
Lorsque l’on parle de relation toxique, on pense souvent au couple. Pourtant, une relation qui nous fait du mal peut exister dans différentes sphères de notre vie.
Elle peut concerner :
- une relation amoureuse ou conjugale ;
- une relation familiale, avec un parent, un frère, une sœur ou un autre proche ;
- une amitié ;
- une relation professionnelle, avec un collègue, un supérieur ou un associé ;
- ou encore certaines relations sociales dans lesquelles nous nous sentons régulièrement dévalorisée, manipulée ou sous pression.
Le lien peut donc être très différent d’une situation à l’autre, mais le ressenti peut parfois se rejoindre : nous avons le sentiment de devoir constamment nous adapter, de ne plus pouvoir être pleinement nous-même ou de devoir mettre nos besoins de côté pour préserver la relation.
Et parce qu’il s’agit parfois d’une personne que nous aimons, de notre famille ou de quelqu’un dont nous dépendons professionnellement, il peut être particulièrement difficile de prendre du recul et de poser des limites.
C’est pourquoi il est intéressant de ne pas se demander uniquement :
« Est-ce que cette personne est toxique ? »
Mais aussi :
« Qu’est-ce que cette relation provoque chez moi, et quelle place est-ce que je suis en train de prendre dans cette relation ? »
Comment reconnaître une relation qui nous fait du mal ?
On cherche souvent des signes chez l’autre.
Est-il manipulateur ? Est-elle narcissique ? Est-ce une personne toxique ?
Mais une autre question peut être tout aussi importante :
« Comment est-ce que je me sens dans cette relation ? »
Observez ce qui se passe en vous.
Avant de voir cette personne, êtes-vous déjà anxieuse ?
Pendant les échanges, avez-vous peur de sa réaction ?
Après une conversation, vous sentez-vous apaisée ou épuisée ?
Pouvez-vous être vous-même ?
Pouvez-vous exprimer un désaccord ?
Pouvez-vous dire non ?
Vos besoins ont-ils une place ?
Avez-vous l’impression de devoir constamment vous adapter ?
Votre corps peut parfois vous envoyer des signaux : tension, boule au ventre, fatigue, anxiété, troubles du sommeil, besoin de vous isoler.
Ces ressentis ne suffisent pas, à eux seuls, à définir une relation toxique. Mais lorsqu’ils deviennent fréquents et qu’ils s’installent dans le temps, ils peuvent être une invitation à vous arrêter et à regarder ce que vous vivez.
Pourquoi reste-t-on dans une relation compliquée ?
C’est une question que l’on peut se poser avec beaucoup de sévérité :
« Si cette relation me fait autant de mal, pourquoi est-ce que je reste ? »
Pourtant, la réponse n’est pas toujours simple.
Il peut y avoir de l’attachement.
Des souvenirs heureux.
Des années d’histoire commune.
Des liens familiaux.
Des enfants.
Une dépendance affective ou matérielle.
La peur d’être seule.
La peur de faire souffrir l’autre.
L’espoir que les choses changent.
Et parfois, simplement, l’habitude.
Certaines relations difficiles ne commencent d’ailleurs pas comme telles. Elles peuvent progressivement évoluer, jusqu’à ce que certains comportements deviennent tellement habituels que nous finissons par les considérer comme normaux.
Rester ne signifie donc pas que vous êtes faible.
Et avoir du mal à partir ne signifie pas que vous êtes responsable de ce que vous subissez.
« Je culpabilise dès que je pense à moi »
C’est souvent l’un des obstacles les plus importants lorsqu’il s’agit de se protéger.
Si vous avez l’habitude d’être disponible, compréhensive, généreuse et attentive aux autres, prendre soin de vous peut vous sembler presque égoïste.
Vous dites non et vous culpabilisez.
Vous prenez du recul et vous culpabilisez.
Vous ne répondez pas immédiatement et vous culpabilisez.
Vous faites passer votre besoin avant celui de quelqu’un d’autre et vous vous demandez si vous avez bien fait.
Mais la culpabilité n’est pas toujours la preuve que vous faites quelque chose de mal.
Elle peut simplement apparaître parce que vous êtes en train de changer un fonctionnement ancien.
Lorsque vous avez toujours dit oui, votre premier non peut être inconfortable.
Lorsque vous avez toujours cherché à apaiser les autres, accepter de ne pas régler leurs problèmes peut être difficile.
Lorsque vous avez toujours fait passer tout le monde avant vous, vous accorder une place peut donner l’impression de prendre trop de place.
Pourtant, prendre soin de vous n’enlève rien aux autres.
Vous avez, vous aussi, le droit d’exister dans la relation.
Se protéger commence par poser des limites
Se protéger d’une relation toxique ne signifie pas forcément couper immédiatement tous les liens.
Selon la situation, il peut être nécessaire de prendre des décisions importantes. Mais dans d’autres cas, la protection peut commencer par de petites limites.
Dire non à une demande.
Ne pas répondre immédiatement.
Refuser une conversation lorsque le ton devient irrespectueux.
Mettre fin à un échange qui vous fait du mal.
Limiter certaines informations personnelles.
Réduire la fréquence des contacts.
Prendre du temps pour vous.
Ne plus accepter automatiquement ce qui vous met mal à l’aise.
Une limite peut être simple :
« Je ne souhaite pas continuer cette conversation si nous nous parlons de cette façon. »
Ou :
« Je comprends que tu ne sois pas d’accord, mais ma décision est prise. »
Ou encore :
« Aujourd’hui, je ne suis pas disponible. »
Et vous n’avez pas besoin d’obtenir l’accord de l’autre pour qu’une limite soit légitime.
Besoin d’apprendre à poser vos limites ?
Dire non, exprimer un besoin ou prendre de la distance peut être particulièrement difficile lorsque l’on a pris l’habitude de faire passer les autres avant soi.
Dans mes accompagnements, nous pouvons travailler ensemble sur ces mécanismes, identifier ce qui vous empêche de poser vos limites et avancer à votre rythme pour retrouver une relation plus juste avec vous-même et avec les autres.
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Vous n’avez pas besoin de vous justifier sans fin
Lorsque nous avons peur de décevoir, nous avons tendance à trop expliquer.
Nous cherchons les bons arguments.
Nous multiplions les excuses.
Nous essayons de convaincre l’autre que notre décision est raisonnable.
Mais poser une limite ne signifie pas nécessairement devoir obtenir l’approbation de l’autre.
Vous pouvez expliquer votre choix si vous le souhaitez.
Mais vous pouvez aussi décider de ne pas entrer dans une longue justification.
Votre besoin peut être légitime même si l’autre ne le comprend pas.
Votre « non » peut être valable même si quelqu’un est déçu.
Votre envie de prendre de la distance peut être réelle même si l’autre considère que vous exagérez.
Et si l’autre réagit mal à mes limites ?
C’est une peur très fréquente.
« Et s’il se met en colère ? »
« Et si elle me reproche d’avoir changé ? »
« Et si on me dit que je suis devenue égoïste ? »
Lorsque vous modifiez votre façon de fonctionner dans une relation, l’autre peut ne pas comprendre ou ne pas apprécier ce changement.
Mais une chose est importante :
vous ne pouvez pas contrôler la réaction de l’autre.
Vous pouvez choisir la manière dont vous posez votre limite : avec respect, clarté et fermeté.
Mais vous ne pouvez pas garantir que l’autre sera d’accord.
Vous pouvez aimer quelqu’un et avoir besoin de distance.
Vous pouvez comprendre ses difficultés sans accepter certains comportements.
Vous pouvez être empathique sans vous sacrifier.
Se protéger, c’est aussi retrouver confiance en soi
Les relations qui nous fragilisent peuvent progressivement modifier l’image que nous avons de nous-mêmes.
À force de critiques, de remarques, de reproches ou de remises en question, nous pouvons finir par douter de nos propres perceptions.
« Est-ce que j’ai vraiment raison de ressentir cela ? »
« Est-ce que je suis trop sensible ? »
« Est-ce que c’est moi le problème ? »
« Est-ce que j’ai mal compris ? »
Lorsque vous commencez à douter constamment de vous-même, il peut devenir très difficile de poser des limites.
C’est pourquoi se protéger d’une relation toxique ne consiste pas uniquement à modifier la relation avec l’autre.
C’est aussi réapprendre à écouter sa propre voix.
Reconnaître ce que vous ressentez.
Identifier vos besoins.
Observer vos limites.
Faire confiance progressivement à votre jugement.
Et vous rappeler que vous n’avez pas besoin d’être parfaite pour mériter le respect.
Et si je ne sais plus ce que je veux ?
C’est parfois la conséquence d’une longue période passée à s’adapter.
Vous avez tellement réfléchi aux besoins des autres que les vôtres sont devenus difficiles à identifier.
Vous savez ce que les autres attendent de vous.
Vous savez ce qui va leur faire plaisir.
Vous savez ce qui risque de provoquer un conflit.
Mais lorsque l’on vous demande :
« Et toi, qu’est-ce que tu veux ? »
Vous ne savez plus.
Dans ce cas, il n’est pas nécessaire de commencer par prendre de grandes décisions.
Vous pouvez commencer petit.
Qu’est-ce qui me fait du bien ?
Qu’est-ce qui me fatigue ?
De quoi ai-je besoin aujourd’hui ?
Qu’est-ce que je n’ai plus envie d’accepter ?
Qu’est-ce que j’aimerais retrouver dans mes relations ?
Ces questions peuvent sembler simples.
Elles sont pourtant essentielles.
Parce qu’elles vous permettent progressivement de revenir vers vous.
Vous avez le droit de vous protéger
Il n’est pas toujours facile de prendre de la distance avec une relation qui nous fait du mal.
Cela peut demander du temps.
Il peut y avoir de la tristesse, du doute, de la peur et parfois encore de la culpabilité.
Vous pouvez même avoir des moments où vous vous demandez si vous avez pris la bonne décision.
Cela ne signifie pas nécessairement que vous avez fait une erreur.
Se protéger n’est pas devenir égoïste.
Poser une limite n’est pas manquer d’amour.
Prendre de la distance n’est pas forcément rejeter quelqu’un.
Et penser à vous ne signifie pas que vous cessez de penser aux autres.
Cela signifie simplement que vous acceptez enfin de compter, vous aussi.
Vous n’avez pas à retrouver votre place seul.e
Lorsque l’on a longtemps vécu dans une relation qui nous fragilise, retrouver confiance en soi et apprendre à poser des limites peut prendre du temps.
Être accompagné.e peut permettre de prendre du recul, de mettre des mots sur ce que vous ressentez et de mieux comprendre les mécanismes qui vous conduisent à vous oublier.
L’objectif n’est pas de vous dire ce que vous devez faire.
Il est de vous aider à retrouver suffisamment de confiance pour pouvoir faire vos propres choix, écouter vos besoins et reprendre votre place dans votre vie.
Parce qu’avant de pouvoir dire non aux autres, il faut parfois réapprendre à entendre ce que l’on dit à l’intérieur de soi.
Et cela peut commencer par une question toute simple :
« De quoi ai-je besoin, moi ? »
Vous avez le droit de vous écouter.
Vous avez le droit de poser des limites.
Vous avez le droit de prendre soin de vous.
Et si vous sentez aujourd’hui que vous avez besoin de retrouver votre équilibre, de mieux comprendre ce que vous vivez ou simplement de faire le point, vous n’avez pas à avancer seul.e.
Parfois, prendre un temps pour soi et être écoutée peut être le premier pas vers une relation plus apaisée avec les autres et surtout avec soi-même.